La porte du corps: la conscience corporelle

La première porte de notre expérience, c’est le corps. Avant même nos pensées ou nos émotions, ce sont nos sensations qui nous renseignent sur ce que nous vivons : une tension dans la poitrine, un souffle coupé, un ventre qui se serre, ou au contraire une respiration qui s’ouvre, une chaleur douce qui se diffuse.
S’appuyer sur le corps en thérapie, c’est reconnaître que notre système nerveux garde la trace de nos expériences.
Selon la théorie polyvagale, le système nerveux autonome ne s’occupe pas de notre bonheur. La neuroception (sens de la perception du corps) évalue notre état survie et la stabilité de l’environnement interne et externe. Elle influence les réactions et comportements associés à notre sensibilité au danger.
Le problème, c’est que ces états de survie peuvent persister, même lorsque le danger n’est plus là. Stress chronique, traumatismes, facteurs environnementaux, manque de lien social sont autant de causes de ce dérèglement. Le corps reste alors “bloqué” dans une vigilance permanente, ce qui peut nourrir l’anxiété, la fatigue ou le sentiment d’être déconnecté de soi.
La psychologie biodynamique apporte un éclairage précieux. Cette approche considère que le corps possède une sagesse naturelle : il sait digérer et libérer les tensions émotionnelles, à condition d’avoir l’espace et l’accompagnement nécessaires. Grâce à l’écoute fine des sensations, au travail sur la respiration et au relâchement musculaire, le corps peut retrouver sa capacité d’autorégulation. Les tensions résiduelles se déchargent peu à peu, laissant place à une circulation plus fluide des informations émotionnelles.
Le travail thérapeutique par le corps vise donc à affiner la conscience des sensations. En apprenant à écouter ce qui se passe physiquement — sans jugement, avec curiosité —, nous réhabilitons ce dialogue avec le corps. La conscience corporelle ouvre la voie à une présence plus ancrée, qui nous aide à sortir du mental qui cherche à tout expliquer, et à renouer avec une expérience simple, vivante et apaisée de nous-mêmes.
Le corps est donc une porte : celle de la perception directe, celle qui nous ramène au présent et à une relation plus intime avec la vie.
La porte du mental: clarification et discernement

Travailler avec la porte du mental, c’est apprendre à clarifier et discerner.
Clarifier, cela veut dire mettre de la lumière sur ce que nous pensons, comprendre les récits que nous répétons, identifier les croyances qui nous enferment.
Discerner, c’est reconnaître que nous sommes faits de multiples facettes : des élans différents, parfois contradictoires, coexistent en nous.
Le mental fait naturellement partie de notre expérience : il analyse, interprète, cherche des explications et fabrique des récits. Ces récits sont utiles, mais ils peuvent aussi devenir envahissants. Nous avons tendance à nous raconter des histoires : sur nous-mêmes, sur les autres, sur le monde. Ces histoires façonnent notre regard et conditionnent parfois nos choix, sans que nous en ayons pleinement conscience.
Ces histoires ne sont pas neutres: elles prennent souvent la forme de différentes parts de nous-mêmes, chacune portant sa propre vision et ses propres besoins.
Carl Gustav Jung parlait des “masques” ou des “parts” de la personnalité. Le Voice Dialogue, un des outil thérapeutique , poursuit ce travail en donnant littéralement une voix à ces différentes parts. En les écoutant, en les reconnaissant, nous apprenons à ne plus être totalement identifiés à elles.
Au lieu de rester coincés dans un rôle unique — celui ou celle qui contrôle, qui s’adapte, qui doute, qui critique —, nous développons une position de discernement. Cette position intérieure plus vaste nous permet d’accueillir la richesse de nos parts tout en retrouvant une souplesse dans notre système psychique.
Le mental devient alors une porte précieuse : non pas celle qui nous enferme dans nos histoires, mais celle qui éclaire, clarifie et nous redonne un pouvoir de conscience.
La porte du cœur: l’espace de la relation

La porte du coeur, c’est la porte du lien.
Car nous ne sommes pas seulement faits de sensations ou de pensées. Nous portons en nous un désir profond de connexion : être entendu, être reconnu, pouvoir partager ce que nous vivons.
Le cœur symbolise la relation : la relation à soi, aux autres, à notre histoire et au monde. Pourtant, nos blessures ou nos défenses peuvent parfois freiner ce mouvement. Elles incluent la peur d’être rejeté, la difficulté à faire confiance, et l’impression de ne pas mériter l’amour.
Le travail par la porte du cœur permet de réhabiliter cette dimension relationnelle. La visualisation et les rêves éveillés -issus du travail de Jung- font appel à l’imaginaire, aux images intérieures et aux symboles pour ouvrir un dialogue avec soi et avec ce qui nous entoure. Ils offrent un espace où la relation peut être vécue autrement : plus libre, plus authentique, plus nourrissante.
En réapprenant à entrer en lien — d’abord avec nous-mêmes, puis avec les autres —, nous découvrons une qualité d’écoute et de présence qui transforme notre manière d’habiter le monde.
Le cœur est donc une porte : celle de la relation vivante, où la compassion et la compréhension trouvent leur place et nous relient à quelque chose de plus vaste.